Tirage argentique 30x40cm.
© Ministère de la culture et de la communication & Stéphane Kovalsky / dist. Agence Rapho
Hommage à Willy Ronis à l’Hôtel de la Monnaie (et au jeu de Paume, exposition aujourd’hui terminée que je n’ai malheureusement pas vu).
Alors, Willy Ronis à la Monnaie, c’est une exposition qui continue la lignée des hommages aux photographes contemporains initiés il y a deux ans avec Henri Foulcault et la pseudo-polémique de l’exposition de David LaChapelle. Étranges, ces rétrospectives de photographies contemporaines car l’espace de l’Hôtel de la Monnaie ne s’y prête pas réellement.Ainsi, la première salle de l’exposition Willy Ronis est consacrée à Paris, ses rues, sa campagne environnante. On retrouve dans cette section un bon nombre de ses clichés les plus célèbres : le Baiser de Bastille, le Petit Parisien, le 14 juillet 1936… La nostalgie d’une époque révolue se dégage et pourrait imprégner l’espace si… précisément cet espace n’était pas constitué de fausses colonnes et plafonds en stucs. C’est dommage, car la confrontation entre le lieu et les photographies fait perdre beaucoup de force à ces dernières. Néanmoins, cela vaut essentiellement pour la première salle, les autres sont plus classiques, murs blancs et parquets et si ce n’est, leur proportion et leur orientation, elle rappelle celles de la Maison Européenne de la Photographie.
Après cet interlude muséographie, revenons au propos principal qu’est l’exposition. Une première section autour de la rue condense les masterpieces de Willy Ronis. Esthétique typique d’après-guerre (la chronologie est volontairement (?) floue, de 1936 à 1984), le visiteur est face à des images qui lui rappelle Doisneau, le Baiser de Bastille vs le Baiser de l’Hôtel de Ville, un Paris romantique, nostalgique, de bohème, entre misérabilisme et une certaine joie de vivre.
La rétrospective est considérable par le nombre d’œuvres même si la présentation est loin d’être exhaustive. L’ensemble se veut à la hauteur de l’hommage rendu Willy Ronis, photographe français mondialement reconnu, mort en 2009 et à l’origine de l’idée de cette exposition. Mais cela est presque trop, trop long, trop dense et quelque part, trop répétitif. La première et la dernière salle retiennent particulièrement l’attention, pour une seule et simple raison, elles présentent les œuvres les plus connues (la dernière salle, salle de l’intimité et de la mémoire où on retrouve La femme au tricot rayé, 1970, ou Le nu provençal, 1949).
Selon moi, le moment fort de l’exposition est le film sur l’exposition (pourtant, je ne suis habituellement pas vraiment sensible à ces films de présentation). On y voit Willy Ronis parlait de la photographie, une passion mais aussi un métier, de l’œil du photographe, du monde des agences de presse. On y voit un vieux petit bonhomme qui nous déroule le fil d’une vie, qui a traversé les années, vu Paris changer et qui nous offre toutes ses vues. Le film est réellement émouvant et donne corps aux photographies qui l’entourent.
Sans jamais aucune condescendance, cet immense photographe nous explique son art, son engagement par la photographie. Ces explications sont reprises dans certains cartels qui explicitent les conditions de la prise de vue, informent sur le cadrage ou recadrage éventuel et sur l’état du négatif.
J’y vois comme un pied de nez à tous les photographes qui font passer la qualité de leur matériel comme un gage d’esthétique. Sans jamais le dire, mais cela semble évident, être photographe, c’est avoir du talent.
Avec « une poétique de l’engagement », Willy Ronis est un homme qui n’a eu de cesse de photographier pour transmettre et donner à voir l’évolution d’une génération. Et nous l’en remercions !
Je suis assez d'accord avec toi sur le parallèle fait avec Doisneau, et sur le caractère naïf des photos.
Je pense que c'est beaucoup lié à un état d'esprit de la période allant de la fin de la guerre jusqu'à 68.
Il est indéniable que Willy Ronis possède un oeil et une capacité à créer ses photos, à attendre la bonne position de ses sujets. C'est assez flagrant sur celle que tu utilises pour illustrer ce billet, photo commentée lors de la visite par l'auteur où il explique qu'il sentait un équilibre se créer entre les deux personnages assis sur le banc, mais que ce qui a réellement déclenché la photo a été l'apparition de la petite fille, les bras écartés comme pour prolonger le banc.
Il est clair également qu'il n'a jamais été engagé dans une course à la sophistication du matériel, et c'est probablement ce qui permet à son oeuvre de conserver son caractère humain et chaleureux.
Je ne peux donc qu'adhérer à la synthèse que tu viens d'en faire.
L'expo était bien, mais un peu longue, répétitive et pas très bien mise en scène.
Rédigé par : Romain Biard | 18/06/2010 à 12:15