Ça se passe presque de commentaire...
Le street art a depuis quelques années ses entrées aux musées et dans les galeries, et depuis peu au cinéma. Deux mois, décembre 2010/janvier 2011, deux films : Faites le mur ! de Bansky, Women are heroes de JR.
Faites le mur! est un objet cinématographique mal identifié. Documentaire sur le street art? Biopic d'un français dégénéré "ayant réussi aux États-Uni"? Nouveau pied de nez de Bansky? Il y a un peu tout cela dans ce film.
Documentaire sur le street art? Oui, car la première partie de film montre réellement la naissance d'un mouvement entre Paris avec Space Invader et Los Angeles avec Shepard Fairey. On y voit des images (d'archives?) de Swoon, de ZeUs et autres artistes en plein action. Certes, c'est une histoire lacunaire du street art, on peut contaster des manques et peut-être une certaine partialité dans les choix d'artistes filmés.
En plus de ce côté historique, le film se double d'une critique ironique et mordante de la vogue street art qui a largement débordé des murs des grandes métropoles. Le personnage principal de ce film n'est pas Bansky, c'est Thierry Guetta, français installé à Los Angeles. Caricature d'un has-been mégalo (la moustache, l'accent, tout y passe!), Thierry Guetta devient au fil du film le vidéaste officiel des street artistes jusqu'à en devenir un lui-même sous le blase de Mr Brainwash.
Thierry Guetta/ Mr. Brainwash, qui est-il? Personnage hybride, mi réel-mi fictif. Les actions décrites dans le film ont bel et bien existé et un certain Mr Brainwash est présent dans le milieu du street art depuis une petite dizaine d'années. Néanmoins, on peut considérer Thierry Guetta comme un avatar d'un street artist, et peut-être de Bansky lui-même. Guetta, en verlan, c'est Tag et le rapport qu'il entretient au début du film avec son médium, la vidéo, a tout de la conception du street artiste. Guetta filme mais ne revisionne jamais ses cassettes car il lui importe peu de voir et de pérenniser son œuvre, l'important est qu'elle ait existé. Cette jolie conception glisse au fur et à mesure vers une mégalomanie grandissante. Il devient street artist, mais un grand, un géant mais qui passe totalement à côté de la rue pour rentrer directement dans le star-system artistique, exposition, galerie et dollars.
Dérision du monde de l'art et interrogation de la valeur artistique du street art quand précisément il sort de la rue.
Le plus dur dans ce film est de savoir où s'arrête le réel et où commence la fiction.
Un peu pour le street art... Où s'arrête le côté marginal de la rue et où commence le côté mercantile d'un intérieur douillet, que ce soit celui d'une galerie ou d'un musée ?
Excellent article, encore une fois.
Rédigé par : Romain Biard | 07/01/2011 à 17:49