Une exposition par jour, voilà ce que propose la commissaire Raphaële Jeune à la Maison Populaire de Montreuil.
Hier, c'était Guillaume Aubry qui était à l'honneur à la Maison Pop' de Montreuil, mais il partageait l'espace avec les deux artistes qui l'ont précédé. Ce fait n'était pas prévu. C'est à la demande de P.Nicolas Ledoux, l'artiste de la veille, que trois œuvres se chevauchent dans l'espace, la sienne , celle de Julien Discrit et enfin celle de Guillaume Aubry. Sa pièce rejoue les Trois Sœurs d'Athon Tchekhov. Le livre est présent physiquement dans la salle, légèrement abimée, des petits copeaux de papiers autour. Je jette un petit coup d' œil autour et là, je me fige... Une toute petite souris blanche, je ne m'y attendais pas. Je la regarde, pas très à l'aise et elle s'enfuit vers le fond de la salle. Je viens de faire connaissance avec une des Trois Sœurs de Guillaume Aubry. J'ai de la chance, paraît-il, les petites bêtes ne se sont pas beaucoup montrées, elles préfèrent l'espace sombre et confinée des réserves (mes cours de conservation préventive me reviennent instantanément... Comment vont-ils se débarrasser des petites souris, fléaux incontestables pour toute œuvre d'art).
La pièce de P.Nicolas Ledoux récrée le cocon douillet d'une après-midi près d'un feu de bois, tout y est le faux feu, le crépitement et à intervalles réguliers, s'élève une voix. C'est celle de Marcel Duchamp à propos de la temporalité de l'œuvre d'art... Au centre de l'espace, Julien Discrit propose une imposante imprimante qui se fait l'écho de nos pourquoi.
L'ensemble fonctionne bien et un dialogue se crée entre les œuvres, précédé par un dialogue réel entre les artistes. D'ailleurs, Plutôt que rien : démontages s'apparente à une longue conversation entre 45 artistes et un public, pas une conversation suivie mais plutôt des bribes éparses. Pour suivre le fil, il faudrait être là tous les jours, si possible le matin au moment du montage (généralement en présence de l'artiste) et le soir au moment du démontage (idem). Ce sont autant d'occasions d'échanger réellement avec les artistes et autres protagonistes de l'exposition. Les expos du jour sont rythmées par d'autres temps de parole, notamment celle de Frédéric Neyrat, philosophe et associé à la commissaire.
L'intérêt de cette exposition collective est de ne plus s'inscrire dans le lieu, dans le traditionnel white cube mais dans le temps. Les artistes ne sont plus définis par leur positionnement dans l'espace mais par leur jour de passage, qui reste secret pour le public jusqu'à la veille de leur exposition. L'initiative rappelle deux projets qui avaient eu lieu à Londres. Le premier "London in six easy steps" par le commissaire américain Jens Hoffmann donnait carte blanche à un commissaire étranger mais résidant à Londres pour une semaine au sein de l'Institut of Contemporary Art. Le second, "I am a curator" est l'œuvre du Suédois Per Huttner. Organisé à la Chisenhale Gallery de Londres en 2003, cet événement, qui cherchait à démocratiser le procédé de la mise en exposition, proposait au public sans expérience préalable, de venir participer au processus de mise en exposition d’œuvres d’art.
L’artiste avait choisi, pour l’occasion, un certain nombre d’œuvres d’une cinquantaine d’artistes différents, pouvant être utilisées selon le bon vouloir des participants pendant les horaires d’ouverture de la galerie. Le public était ainsi invité à devenir « commissaire d’un jour ». Pendant toute la durée de l’événement, plusieurs expositions ont été réalisées en collaboration entre le public, Per Huttner, certains artistes et le personnel de la galerie et données à voir comme un procédé évolutif.
Le projet de Raphaële Jeune à la Maison Populaire de Montreuil est relativement similaire, à l'exception du fait que son rôle de commissaire me semble plus discret, c'est vraiment l'artiste que acte dans l'exposition. Et puis, le rapport au public est différent. Il ne s'agit pas uniquement d'un centre d'art, au contraire, les gens du quartier fréquentent le lieu pour une multitude de raisons et d'activités mais ils passent forcément par l'espace d'exposition. Ils sont face à un espace mouvant, aléatoire, entre le montage et le démontage perpétuel, surpris chaque jour par le processus "apparition / présence / disparition" de l’œuvre d'art.
Plutôt que rien : démontages
du 19 janvier au 26 mars 2011
vernissage / démontage tous les jours de l’exposition, du lundi au vendredi à 19 h 30, le samedi à 15 h 30, autour d’un pot participatif et en présence de l’artiste du jour