Gilles Barbier, Emmental Head, 2003
Courtesy galerie Georges-Philippe & Nathalie-Vallois
"Le cannibalisme est l'une des manifestations les plus évidentes de la tendresse" Salvador Dali.
L'anthropophagie est un vaste sujet. Interdisciplinaire, l'étude de cette pratique mêle des notions d'anthropologie, d'ethnologie, de psychanalyse, de sociologie, de médecine, de religion - et l'exposition y rajoute une visée esthétique. Le thème traverse également les époques, de la mythologie grecque où Chronos dévore ses enfants à des faits divers plus actuels (l'histoire du cannibale japonais dans les années 80) en passant par les histoires de vampires, très, très prisées chez les jeunes filles en fleur. Le cannibalisme peut évidemment évoquer une forme d'acte sexuel exacerbé d'une fascination morbide.
Trans-disciplinaire, trans-genre, trans-historique, toute la difficulté dans une telle thématique est de garder une cohérence, une ligne directrice. Il me semble que cela manque dans la proposition de Jeanette Zwingenberger, commissaire de l'exposition "Tous Cannibales" à la Maison Rouge. On se sent assailli par les images de diverses natures, d'époques variées sans forcément parvenir à relier les différents propos. Seules certaines pièces sautent aux yeux, évidemment la Vanitas, robe de chair pour albinos anorexique de Jane Sterback ou encore Messe pour un corps de Michel Journiac. Les œuvres historiques et ethnologiques (notamment les "portrait-robots" des frères Dufty) sont, à mon avis, les plus fascinantes mais elles ne semblent utilisées qu'à titre de comparaison ou de caution "anthropologique".
C'est dommage car le parti-pris de Jeanette Zwingenberger s'éloigne de la majorité des idées préconçues à propos du cannibalisme et amoindrit tout aspect morbide ou violent de cette pratique. Mettant en exergue une citation de Claude Levi-Strauss en 1993 dans la Repubblica - Nous sommes tous des cannibales. Le moyen le plus simple d'identifier autrui à soi-même, c'est encore de le manger -, la commissaire interroge notre rapport au corps et surtout à la chair et le "cannibalisme" contemporain. Que ce soit par la greffe, la transplantation, assimilation médicale du corps de l'autre ou par la soif de pouvoir, le besoin d'être un loup parmi les moutons, métaphore de notre société actuelle, le cannibalisme est un thème riche mais néanmoins difficile à exploiter. L'exposition semble alors un peu fade et incomplète.
Le propos est néanmoins enrichi par un hors-série d'Artpress et je conseille le très complet article de Marc De Boni sur le blog Slate pour une vision complète de l'anthropophagie aujourd'hui.
Tous cannibales
12 février-15 mai
Maison Rouge-Fondation Antoine De Galbert
10 bld de la bastille. 75012 Paris