Rentrée à Paris après 3 mois d’absence, il s’agit de se remettre dans le jus, d’obtenir l’info, de savoir où ça passe… Et bien, pour mon premier événement d’art contemporain de la saison, le lieu est assez inattendu : le Musée du Quai Branly pour une conférence de Nicolas Bourriaud sur son essai le Radicant, sorti d’abord en anglais puis en français en 2009.
L’auteur arrive, bon chic bon genre, à l’heure devant une assistance très réduite, à peine une vingtaine de personnes. Aléa du lieu choisi ou défaut de communication ? Le ton est détendu, sur le mode de la conversation, pêchant ici et là des explications de son concept, théorisant, périodisant…
On commence par une définition de la post-modernité, éternel débat de l’art contemporain, qu’est-ce que la Post-modernité ? Pour éviter d’y répondre, l’astuce est simple, prétendre tenter d’en sortir, de créer quelque chose de neuf, d’impulser un nouveau souffle conceptuel. Un peu facile certes, mais la question de la périodisation du post-modernisme m’a semblé intéressante. Nicolas Bourriaud n’hésite pas à avancer des dates, milieu des années 1970 (le choc pétrolier de 1973 plus précisément qui marque la fin du mythe du progrès dix-neuvièmiste et de la surabondance d’énergie). On entre ainsi dans une période de mélancolie face à un modernisme perdu, d’où le préfixe POST. La fin du post-modernisme est datée de 2008, avec l’explosion de la bulle spéculative. On admirera ici la réactivité extrême de Nicolas Bourriaud, qui arrive à théoriser le post-post modernisme à peine un an après sous le nom d’ « altermodernism ». À mon grand regret, il ne parlera que très peu de cette notion d’altermoderne dans la suite de sa conférence.
Max Fécamp, L'artiste radicant, 2009.
Revenant au titre de son livre, Radicant, Bourriaud explicite le phénomène de globalisation en art par cette métaphore avec la botanique, une plante « radicante » étant un organisme qui crée ses racines au fur et à mesure qu'elle avance, comme le lierre par exemple, par opposition au « radical », impliquant l'idée de racine et donc dans une certaine mesure, de stabilité. Mais radical, c’est aussi l’idée de faire table rase, de tout recommencer à zéro, notion absente dans le terme radicant.
Les artistes contemporains sur lesquels s’appuient l’auteur pour illustrer la globalisation artistique sont des figures de l’errance avec la capacité de se « déraciner » aussi facilement qu’ils s’implantent ailleurs, dans un contexte différent. Pour exemple, il cite Orozco et Alÿs, « caractéristiques des dix dernières années ». Hum, hum, pour moi, ils restent plutôt ancrés dans la génération des artistes des 90’s, à laquelle, il est vrai, Bourriaud est très attaché. En très bref, la rhétorique de l’errance est à rattacher – évidemment – avec le thème de la précarité. L’artiste radicant/altermoderne précarise notre vision du monde en donnant d’autres versions possibles du réel, ainsi est perpétuée la dimension utopique de l’art envers et malgré la globalisation de l’art.
Quid alors du discours postcolonial sur l’art ? Bourriaud tente de repenser la question de l’exposition de l’art extra occidentaux et du regard qu’il nous est autorisé d’avoir sur ces expressions à l’heure de la globalisation. Il est bien sûr question du multiculturalisme postmoderne célébré en 1989 par l'exposition emblématique Les Magiciens de la terre au Centre Pompidou. Le débat des « global-exhibitions » s’ouvre à ce moment et trouve encore de nombreuses résurgences, notamment au niveau des Biennales (Les Documenta 10 et 11 de Catherine David et d’Okwui Enwezor ou la 50° Biennale de Venise par Francesco Bonami) ou d’exposition prônant une forme de valorisation des scènes dites « périphériques » (« Africa Remix » de Simon Njami 2005.)
La question de la globalisation en art est, certes, difficile à cerner, parfois quelque peu polémique, souvent intéressante mais, n’est-elle pas aujourd’hui, en 2010, un peu datée ? Du moins, dans la manière dont l’aborde Nicolas Bourriaud. La globalisation de la scène artistique est un thème très présent dans les années 1990 comme en témoigne la multiplication des biennales ou évènements du même type à la fin du XX° siècle. De nos jours, le phénomène d’expansion géographique semble être moins prégnant, néanmoins les effets de la mondialisation se font toujours ressentir avec, non pas une globalisation géographique mais plutôt avec un étirement temporel. La mondialisation a-t-elle évolué des années 1990 aux années 2000 en passant d’implantation géographique à une implication temporelle au niveau local? Peut-on encore parler d’art ou de culture globale au XXI° siècle en omettant la question de l’implantation locale ?
Dans cette même mouvance de valorisation de local face au global, la vrai innovation et prise de position ne se situe-t-elle pas dans la promotion de la jeune scène artistique (à l’exemple de DYNASTY à Paris ou de Greater New York à NYC cet été) voire de l’amateurisme ? Peut-être, ces questions seront-elles abordées par Nicolas Bourriaud dans son opus suivant ? Rendez-vous en 2012 ?
Nicolas Bourriaud, Radicant : pour une esthétique de la globalisation, Paris, Denoël, 2009